இ Chapitre 2:
Le lendemain, je me réveillai alors que le soleil n'était toujours pas debout, j'enclenchai l'interrupteur qui alluma la lumière. Je découvris, au pas de la porte, une lettre avec mon nom dessus. Je me levai de mon lit et la pris. Je l'ouvris et sortis un papier manuscrit plié en trois.
« Chère Isa ;
Je suis tout à fait désolée de tout avoir brisé. Je ne me suis pas rendue compte de ce que tout ce que nous nous étions promis, tu t'y étais autant attachée. Comment savoir que des promesses d'enfant peuvent encore tenir ? Je suis tout à fait désolée Isa. Est-il trop tard pour tout recommencer ? J'espère que non, j'espère que tu seras toujours là, avec moi. Malgré ce bonheur que j'ai détruit de mes mains.
Je t'aime Isa.
Béa. »
Je soupirai, il était tellement facile – à mon goût, de jouer avec les mots. Elle pouvait très bien s'en fiche, de ce qu'elle avait écrit. Je mis la lettre sur mon gigantesque bureau. En faite, toute ma chambre était gigantesque, à croire que mes parents étaient mégalomanes – ils l'étaient peut-être en faite.
Je ne me souviens pas très bien du visage de ma mère ni de celui de mon père. Cela fait trois ans que je ne les ai plus vu. Ils travaillent ensemble, ils sont archéologues ou quelques choses de semblables. Ma s½ur et moi avions grandis sans nos parents mais avec une gardienne. Une japonaise qui devait avoir un peu moins de l'âge de nos parents. Fubuki, une jeune femme magnifique, douce comme la neige – Fubuki veut dire tempête de neige en japonais. Elle était comme ma mère, elle était devenue ma mère. Grâce à elle, j'avais appris le japonais – dans lequel je ne me débrouillais pas mal. Je lui devais beaucoup, elle m'avait appris beaucoup.
Quand je me mis sur le balcon de ma chambre, je découvris une voiture – que je ne connaissais pas, arriver dans la propriété de mes parents. Notre gardienne ainsi que tous les hommes de main de la maison sortirent – mais qui cela pouvait-il être ? John, notre conducteur, ouvrit la porte en s'inclinant un peu. Une dame, d'une extrême classe, en sortit. Sa peau blanche comme la neige dans un tailleur noir de chez Chanel. Ma mère, elle était de retour.
En homme en sortit aussi, un géant en costume toujours souriant, mon père.
Mes parents étaient de retour à la maison après trois ans d'absence. Mais pour combien de temps resteraient-ils ? Une semaine ? Quinze jours ? Je n'en savais strictement rien.
Mon père me découvris sur le balcon et me fis un signe, je lui souris et courut pour arriver en bas. Dans l'entrée, où se trouvaient tout le monde sauf ma s½ur qui était partie, mon père me prit dans ses bras et ma mère était à côté en souriant.
« - Et bien ! Comme tu as grandis...
- Isa papa. Béa est partie chez son petit ami.
- Son... Petit ami ?
- Tu n'étais pas au courant ?, dis-je en souriant.
- Nous n'étions pas au courant, répondit ma mère en rentrant. »
Nous rentrâmes dans la maison.
Ma mère était quelque de très sérieux mais qui savait profiter de ses moments en famille comme il le fallait. Elle était juste et irréprochable.
Mon père, lui, était formidable, attentionné, souriant.
Nous allâmes dans le salon – le premier salon plutôt. Ma mère s'assit sur son siège et mon père se mit dans un divan.
« - Combien de temps restez-vous ?
- Nous ne sommes là que pour cinq jours Isa, dit-mon père en regardant ma mère.
- Nous avons beaucoup de travaille ma chérie, tu sais que ton père et moi voulons ce qu'il y a de mieux pour Béa et toi.
- Et si ce qu'il y avait de mieux était de rester ici, d'avoir de vraies vacances, avec vos enfants ! ? Vous ne savez pas ce que ça fait, d'être seul au monde. Vous ne savez pas ce qu'on ressent, dis-je en allant dans ma chambre. »
Ces temps-ci, j'étais à bout de nerfs et personne ne comprenait pourquoi, même moi.
Arrivée dans ma chambre, je refermai la porte et me mit dans mon lit en prenant mon portable, je sonnai à Nina.
« - Allô ? Isa ?
- Coucou ma belle, ça va ?
- Oui, très bien ! Et toi ?
- Ca pourrait aller mieux.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Mes parents sont rentrés.
- Mais, c'est formidable !
- Peut-être pas, ils ne sont pas que pour cinq jours.
- Oh. Tu veux venir à la maison ?
- Non, je ne veux pas te déranger.
- D'accord... Mais sache que je suis là pour toi.
- Je n'oublie pas. Et pareil pour toi.
- Oh, je vais te laisser, je crois que les miens sont arrivés. »
Nina raccrocha, je soupirai. Et si j'appelais l'autre ? Qu'il me dise quoi faire ? Je repris mon portable et parcouru mon répertoire, j'appuyai sur le téléphone vers quand j'étais sur son numéro.
« - Allô ?, dit-il d'une voix qui venait de se réveiller.
- La vie appartient aux gens qui se lèvent tôt très cher. Pas aux gens qui se lève tard, lui dis-je en souriant.
- Haha. Très drôle Isa.
- Comment vas-tu ?
- Oh, tu sais, avec un frère comme le mien tout va bien ! Surtout quand il est avec une s½ur comme la tienne.
- Je suis désolée...
- Tu n'y es pour rien. Mais toi, qu'est-ce que tu as ?
- Comment peux-tu deviner que je vais mal ?
- Ca s'entend dans ta voix Isa.
- Ah.
- Isa. Qu'est-ce qu'il y a ?
- Mes parents sont rentrés.
- Et ils ne sont là que pour très peu de temps.
- Effectivement.
- Et comme tu es sur les nerfs ces temps-ci, tu as pété un câble.
- Oui, je leur ai dit qu'ils ne savaient pas ce que ça faisait d'être seul.
- Tu es folle, tu le sais ?
- Oui. Mais c'est pour cela que tu m'adores, lui dis-je en riant.
- C'est sûr ! Bon, écoute Isa. Viens à la maison. Je pense que si tu te retrouves sans tes parents et sans ta s½ur pendant un moment, tu iras mieux.
- Ca ne te dérange pas ?
- Au contraire !
- Très bien, je prends quelques affaires et j'arrive. »
Je raccrochai en souriant, pris un sac à dos et quelques affaires et sortis de ma chambre. Quand je fus devant la porte d'entrée, ma mère arriva pour me parler.
« - Où vas-tu Isa ?
- Chez un ami. Mon meilleur ami.
- Tu veux que ton père et moi, nous nous retrouvions seuls ?
- Béa va bientôt arriver, dis-je en sortant de la maison. »
Je commençai à courir et arrivée chez lui, je sonnai à la porte.
« - Oh, Isa ! Quel plaisir de te voir, me dit sa mère en m'ouvrant.
- Bonjour Donna, comment allez-vous ?
- Je vais très bien, tu viens pour cinq jours ?
- Oui, ça ne vous dérange pas ?
- Pas du tout ! Je t'en prie, entre. »
Sa maison était tout à fait différente de la mienne, la sienne était petite – une maison mitoyenne, avec trois étages. Je montai les escaliers jusqu'au troisième pour arriver dans sa chambre. Il était en train de jouer de la guitare en écrivant dans un carnet. Il releva la tête et me sourit.
« - Coucou toi !
- Salut, ça va ?
- Oui oui. Je ne t'ai pas entendu entrer.
- J'ai essayé de faire le moins de bruit possible pour t'entendre jouer.
- Oh.
- Vas-y continue, lui dis-je en m'asseyant à côté de lui. »
Il rit et recommença à jouer. Je m'étalai sur son lit et fermai les yeux tout en l'écoutant.
Je ne savais dès lors plus mon nom, qui j'étais, l'heure qu'il était, le temps qu'il faisait et le pourquoi du comment de mon existence.
Je ne vus pas le temps passer. Il s'arrêta de jouer, j'ouvris les yeux, me remettant droite sur le lit et le regardai. Il me souriait.
« - Isa ?
- Oui ?
- Je voulais te dire quelque chose.
- Quoi donc ?
- Je sais que nous sommes tout à fait différents. Que rien ne nous relie mais que nous sommes meilleurs amis...
- Et ?
- Mais je... Je ne sais pas comment te dire cela, dit-il en se relevant. »
Je restai silencieuse en le regardant. Il s'étirait et me regardait en riant.
« - Moi, Gerard Way te cache qu'il t'aime depuis trop longtemps.
- Tu... Tu veux rire là ?, lui dis-je en le regardant ébahie.
- Tu trouves que je ris ?
- Je... Mais Gerard... »
Je ne sus que dire. Tout mes mots étaient partis, tout mes souvenirs me revinrent, tout ceux que lui et moi avions vécus ensemble. Depuis la plaine de jeux jusque maintenant.
Le temps n'existait plus, il n'y avait plus d'air, plus de terre. Plus rien n'existait, tout avait été dévoilé. Qu'allait-il encore me tomber sur la tête ! ? Une poursuite pour fuite ? Un suicide ?
« - Je suis désolé Isa, je te le cachais depuis trop longtemps.
- Mais Gerard, que trouves-tu de bien chez moi ?
- Tu n'es pas comme ta s½ur, même, tu n'es comme personne.
- Et alors ? C'est un bien ? Sûrement pas.
- Isa...
- Gerard. »
Je me levai et sortis de la pièce avec mon sac, descendis les escaliers et sortis de sa maison.
« - Mais où tu vas !?, me lança-t-il par sa fenêtre.
- Sous un pont ! Je vais habiter sous un pont pendant cinq jours !
- Tu es folle !
- Et alors ? Laisse-moi en paix, j'ai besoin de réfléchir. »
Je marchai dans une direction, n'importe laquelle, sentant son regard dans mon dos, passée la rue, je soupirai et me laissai glisser contre le mur.
Le quartier où habitait la famille Way n'était pas du tout le plus sûr de toute la ville mais je m'y sentais étrangement bien. Venir chez lui n'était pas une corvée mais un plaisir, un plaisir que je me permettais très peu sinon cela allait devenir une drogue. Comme ma s½ur et le frère de Gerard, Mikey.
Après quelques heures de route, j'eus enfin la chance de trouver un pont, un pont en bois. Quel bonheur j'avais ! J'avais trouvé ce que je cherchais ! Ma nouvelle drogue ! Je jubilai de plaisir et courus vers celui-ci. Mal installée, je soupirai de plaisir et sortis mon téléphone portable. Je devais avoir une dizaine de messages. Ceux-ci n'étant ni de mes parents, ni de Gerard et ni de Nina mais de ma s½ur, Béa.
Isa et Béa ne sont que des pseudonymes, des surnoms. Nos vrais noms sont Isabelle et Béatrice mais nous ne nous sentions pas à l'aise quand nous nous faisions appeler comme cela. C'est comme ça que même nos professeurs nous appelaient Isa et Béa ce qui était très bien.
Parcourant les messages de ma s½ur, je compris qu'elle s'en faisait pour moi – une première dois-je dire.
Elle voulait savoir où j'étais pour me rejoindre et que nous nous parlions. Je souris, malgré tout cela, je souris. J'avais besoin de parler à quelqu'un autre que mes amis. Je lui écris très vite l'endroit où j'étais et une heure plus tard, je découvris son visage passant le pont.
« - Mon Dieu Isa ! Mais pourquoi faire la SDF ?
- Parce qu'être un SDF est un rêve depuis trois ans pour moi, lui répondis-je en souriant.
- Oh. Veux-tu partager ce rêve avec moi ?
- Avec plaisir. »
Elle me sourit et courut dans mes bras. Cela faisait plus de dix ans que nous ne nous étions plus serrées dans nos bras. Nous parlions pendant toute la nuit jusque quand nous nous endormîmes l'une sur l'autre.
Le lendemain, je me réveillai la première et soupirai. Il fallait bien rentrer un jour où l'autre et revoir Gerard.
Je pris mon portable et composai le numéro de Nina en allant m'assoir sur le pont pour ne pas déranger ma s½ur. Pendant que le téléphone sonnait dans le vide, je balançai mes jambes dans le vide.
« - Allô ?
- Nina ?
- Ah ! Isa !
- Je ne te dérange pas ?
- Non non, pas du tout. Je viens de me réveiller.
- D'accord.
- Toi, tu vas mal.
- Gerard.
- Que c'est-il passé ?
- Il m'a dit... Qu'il m'aime.
- Oh. C'est assez complexe ça.
- N'est-ce pas ?
- Ecoute, je vais devoir te laisser ma chérie, nous allons partir. Hem... Tu vas rentrer chez toi et te reposer. Vers midi, je serai sûrement dans l'avion donc sur mon ordinateur. Tu te connecteras et on en parlera, d'accord ?
- Très bien. A tout à l'heure. »
Je raccrochai et découvris ma s½ur à mes pieds qui me regardait étonnée. Je sautai et me mis à côté d'elle.
« - Il t'aime ?
- Il m'aime. »
Elle me prit dans mes bras et nous prîmes mes affaires pour rentrer à la maison.
Je franchis le seuil et allai directement dans ma chambre. Je vous être vraiment seule.
Je me couchai sur mon lit et m'endormis.
Je dis un drôle de rêve cette nuit-là ;
Gerard était partit sans me prévenir, un vide s'était fait en moi et je mourrais de solitude – Ayant perdu mon meilleur ami je ne trouvais que cela à faire. Béa et Nina faisaient tout pour me faire revivre mais elles n'y parvenaient guère. Son frère et Béa se quittèrent à cause de la distance et du manque de nouvelles de la part de Mikey. Je fus hospitalisée car je ne mangeais plus, ne buvais plus, je ne voulais qu'une chose : lui. Mais il ne revenait pas.
Je sortis de mon sommeil très vite, les gouttes de sueur coulaient le long de mon cou. Un cauchemar, ce n'était qu'un cauchemar.